D’autres Stades en France et dans le Monde : Highbury (Londres), Marcel Saupin (Nantes), Gerland (Lyon), San Mamés (Bilbao), etc.

Nous verrons ici que face aux enjeux de la reconversion des grands équipements sportifs, il existe une réponse spécifique qui s’alimente du contexte urbain, social et sportif.

 

LE STADE DE HIGHBURY, ARSENAL

L’histoire et l’évolution du stade de Highbury, antre historique de l’Arsenal football club de 1913 à 2006 est un exemple typique des stades anglais situés en milieu urbain. Propriété du club depuis l’origine, le stade a subi des modifications successives qui ont accompagné la progression sportive et populaire du club.

Construction du stade en 1909

Construction du stade en 1909

Autrefois situé au sud Est de Londres, le club de Arsenal Football Club, premier club professionnel de Londres, du construire sa propre enceinte afin de satisfaire sa base de supporters en plein essor, à l’étroit sur le site du Manor Ground à Plumstead, et sortir le club d’une situation économique difficile. Le propriétaire du club de l’époque (Henry Norris , également président de Fulham FC), avait conscience que les recettes générées par une enceinte moderne pouvait relancer et pérenniser le club au plus haut niveau. Le site de Highbury (2,5 ha) fut retenu après une large prospection et en dépit d’une opposition vive des riverains et des autres clubs de football du Nord de Londres qui ne se réjouirent pas de l’installation d’un concurrent direct sur leurs territoires historiques.

Les clubs professionnels du Greater London

Les aires d’influence des clubs professionnels de football du Greater London- 2012

Le Stade de Highbury fut initialement conçu par Archibal Leitch à qui on doit les premières tribunes pour Man U (Old Trafford), Everton (Goodison Park), Liverpool (Anfiled Road), Tottenham (White Hart Lane) et d’autres. Le stade subit des tranformations lors de deux périodes principales, en 1930, ou des tribunes aux façades art déco remplacèrent les terraces (tribunes couvertes pour spectateurs debouts), et dans les années 1990 ou à la suite du rapport Taylor (qui visait à sécuriser les stades suite à des drames successifs) la capacité fut progressivement réduite de 73 000 places (record de spectacteurs- Sunderland 73295 en 1935) à 38 419 places assises dans sa configuration ultime. Le système d’éclairage fut posé au milieu des années 1950, des écrans géants, espaces de réception et un musée complétèrent l’équipement jusqu’à sa version définitive de la fin du XXe siècle.

Le stade en 1913- 1929- 1931 et 1936

Le stade en 1913- 1929- 1931 et 1936

Dès la fin des années 1990 (Wenger’s years), et sous l’impulsion d’un Arsène Wenger omnipotent, visionnaire et ambitieux, la construction d’une nouvelle enceinte devint prioritaire. Elle accompagna une vaste campagne mondiale de communication et de modernisation du club (ouverture du centre d’entrainement de Shenley en 1999). Cette stratégie permit en quelques années à l’institution Arsenal souvent qualifiée de moribonde au jeu peu enthousiasment, de devenir l’archétype du club de football moderne : jeu rapide et offensif, ouvert sur le monde, et qui intègre toute la charge historique du club (club fondé en 1886).

Dernier match à Highbury- 7 mai 2006

Dernier match à Highbury- 7 mai 2006

Dans ces conditions, le site d’Highbury depuis longtemps saturé, engoncé dans un contexte de pavillons résidentiels et à la capacité et au confort tout relatif devint clairement un frein au développement du Club, qui suscite l’engouement d’un public et de partenaires toujours plus nombreux, plus exigeants et plus internationaux que jamais. La perspective de générer des revenus plus importants dans une enceinte moderne conduit le club à quitter Highbury en 2006 pour rejoindre l’enceinte de l’Emirates Stadium- entièrement construit sur fonds privés-  à quelques encablures de l’ancien stade. Le surplus de gain espéré en regagnant cette enceinte de 600 M€ est estimé à 57 M€ annuel, ce qui est validé après les premières années d’exploitation.

L'Emirates Stadium- enceinte de 60 000 places livrée en 2006

L’Emirates Stadium- enceinte de 60 000 places livrée en 2006

La question de la reconversion du stade de Highbury, obsolète, sans club résident, mais qui appartient toujours au club d’Arsenal fortement endetté, dans un quartier ou la pression foncière est considérable est au centre des réflexions du moment. Le contexte Londonien, ou les équipements sportifs sont légion (26 stades de plus de 10 000 places assises pour 8,2 M d’habitants soit 768 000 places assises au total) pouvait faire aisément l’économie d’une telle structure si peu en phase avec le football et le sport moderne.

Les principaux équipements sportifs Londoniens en 2012

L’idée de la réhabilitation du site en logements est finalement entérinée par la direction du club dans l’objectif de rentabiliser l’espace et permettre de résorber une partie des crédit engagés pour la rénovation du club au début des Années 2000. L’opération menée par Arsenal Holding débute en 2006 pour un investissement de 130M £ co-financés par emprunt.

Highbury Square- Plan d'aménagement

Highbury Square- Plan d’aménagement

La vente des 650 appartements, dont des suites luxueuses et 70 logements sociaux, organisés autour d’un jardin central situé sur l ‘emplacement de l’ancien terrain de football, est un succès rapide. La pertinence financière de cette opération est réelle et va bien au delà des supporters d’Arsenal, la demande en logement de ce type dans un quartier n’ayant pratiquement pas évolué depuis le XIXe siècle étant importante. La vente a rapporté plus de 150 M£ à Arsenal qui poursuit depuis son activité immobilière dans le quartier de Highbury. L’aspect affectif lié au stade a été intégré lors de la rénovation puisque certaines façades et la forme des deux tribunes principales ont été conservées, mais cela relève autant du marketing (symbole des Gunners) que d’une démarche de préservation, ces éléments étant protégés par les bâtiments historiques Anglais.

Highbury Square en 2013

Highbury Square en 2013

Sources: BBC news, The Telegraph, NY Times, Arsenal.com

Crédits Photos: de l’auteur, WorldStadiums.com, Arsenal.com

 

 

LE STADE MARCEL SAUPIN, NANTES

Le stade Marcel Saupin est inauguré en 1937 sous le nom de stade Malakoff. Signé de l’architecte Camille Robida, il a vocation dans un premier temps à accueillir essentiellement les matchs de rugby du Stade Nantais Université Club (SNUC). Il devient l’enceinte du Football Club de Nantes Atlantique (FCNA) au lendemain de la guerre.

Cependant l’incapacité à faire évoluer l’infrastructure à plus de 29 500 places à la fin des années 1970, du fait de son emplacement peu favorable, entre la Loire et un tissu urbain dense, pousse les Canaris à déménager pour le quartier de La Beaujoire. Le Stade de La Beaujoire – Louis Fonteneau (du nom du président du FCNA de l’époque) est construit en périphérie nord-est de la ville, afin d’une part de répondre à la popularité croissante du club de football local et d’autre part en vue de l’accueil du Championnat d’Europe des Nations 1984 par la France. Marcel Saupin (nom donné en 1963) devient alors l’enceinte de l’équipe réserve nantaise.

Le Stade Marcel Saupin jusqu'à 2006

Le Stade Marcel Saupin jusqu’à 2006

Ce n’est qu’en 2006, dans le cadre du Grand Projet de Ville de Malakoff-Pré Gauchet, opération d’urbanisme d’envergure conséquente, que son devenir se pose. La municipalité décide en grande partie de le démolir, souhaitant procéder au renouvellement urbain du site à proximité de la Gare, avec l’idée de transformer la ville pour gagner en population et en activités, tout en conservant les traces ici très minimales de son passé. La démolition du Stade Marcel Saupin avait alors suscité la colère de l’opposition.

La construction de bureaux et logements à la place des tribunes est et sud

La construction de bureaux et logements à la place des tribunes est et sud

Au final, seule la Tribune Nord (tribune Oscar Muller) est réhabilitée pour un coût de 6,8 millions d’euros entièrement pris en charge par la Ville de Nantes. La pelouse est conservée pour pouvoir continuer à accueillir l’équipe réserve de football. Côté est et sud sont implantés un pôle d’excellence et de recherche en sciences humaines (Maison des Sciences de l’Homme -MSH- et Institut d’Etude Avancée -IEA- de l’Université de Nantes), 146 logements (5000m²) destinés aux chercheurs et touristes (Appart’hôtel), un restaurant et 5800 m² de bureaux accueillant environ 300 salariés. Le programme comprend aussi 267 places de parking. Le site est au cœur d’Euronantes, entre autres entre Gare TGV et Cité internationale des Congrès. Côté ouest, le paysage est ouvert dans l’attente d’un futur projet.

Le nouveau Saupin est inauguré le 10/10/2009 à l’occasion de la rencontre de CFA2 FC Nantes – FC Blois, devant 760 spectateurs sur une totalité de 1864 places assises, dont 59 pour les personnes à mobilité réduites.

Le Nouveau Malakoff - Marcel Saupin depuis 2009

Le Nouveau Malakoff – Marcel Saupin depuis 2009

Stade Marcel Saupin, Nantes

Le coût total de l’opération est estimé à 24,8 M€ pour un ensemble immobilier de 12 800 m². Hormis la réhabilitation de la tribune, l’opération est menée par Nantes Métropole et financée par cessions avec l’ensemble de ses partenaires publics à savoir l’Etat, le Feder, la Région et le département.

Sources : lenouveaumalakoff.com, Ville de Nantes, FC Nantes Atlantique, nantes-amenagement.fr

Crédits Photos : Ouest France, FC Nantes Atlantiques, Nantes Métropole, info-stades.

 

 

LE STADE DE GERLAND, LYON

Le Stade de Gerland dont la construction commence en 1913 est l’œuvre de l’architecte Tony Garnier. Mais le chantier est vite suspendu du fait de la 1ère Guerre Mondiale. Les travaux reprennent en 1919 et l’enceinte ouvre ses portes en 1920 pour n’être officiellement inaugurée qu’en 1926.

Gerland en 1920 et avant 1998

Gerland en 1920 et avant 1998

Son histoire comporte bon nombre de similitudes avec le Stade Chaban-Delmas de Bordeaux :

D’une part, l’esprit hygiéniste et d’éducation populaire par le sport et l’éducation physique (politique de la Ville de Lyon et le Maire Edouard Herriot) dans lequel il s’inscrit. De plus, le stade des « sports athlétiques » a été conçu dans la tradition des stades olympiques de l’Antiquité.

Il est inscrit à l’inventaire des monuments historiques comme « chef d’œuvre de l’architecture du béton armé » depuis 1967 : galerie périphérique et portes symboliques avec arches, 2 statues de lions en bronze (proviennent du pont de la Feuillée détruit par les bombardements en 1945, sorties de la Saône et sauvées de la fonderie par le Maire Louis Pradel qui décide leur installation au stade en 1964).

D’autre part les aménagements et modifications successives en vue notamment d’accueillir la Coupe du Monde de Football 1938, le Championnat d’Europe des nations de Football 1984 et le Mondial 98’.

La piste cycliste, ceinturant le terrain jusqu’à la fin des années 60’, disparait afin d’augmenter la capacité d’accueil à plus de 50 000 places. Une piste d’athlétisme voit le jour dans les années 70’ (7 couloirs) mais est supprimée avant 1984 : rapprochement des tribunes Jean Jaurès et Jean Bouin près de la pelouse, grillages supprimés et remplacés par un fossé rendant le stade beaucoup plus convivial (Architectes Gagès et Relave).

Le Stade subit également de nombreux changement un peu avant 1998 (Architectes Agibat et Constantin) : les deux virages sont reconstruits plus près de la pelouse et couverts. Dernière modernisation en 2005, avec l’aménagement de loges et modules VIP / partenaires nécessaires pour le développement économique et sportif des clubs pro.

Entrée de la Tribune Jean Jaurès

Entrée de la Tribune Jean Jaurès

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Le Stade de Gerland aujourd'hui.

Le Stade de Gerland aujourd’hui.

Gerland accueille depuis 1950 l’Olympique Lyonnais comme club résident. Cependant le club réalise son Nouveau Grand Stade de 60 000 places : le Stade des Lumières ou OL Land, dans la banlieue est de Lyon, associé à l’implantation du centre d’entrainement de l’équipe professionnelle, d’un centre commerciale / de loisirs / hôtelier et de bureaux. Les travaux sont en très grande partie financés par l’Olympique Lyonnais lui-même avec le soutien des collectivités territoriales. Le Stade devrait voir le jour avant l’Euro 2016.

Le Stade des Lumières ou OL Land

Le Stade des Lumières ou OL Land

Le LOU (Lyon Olympique Universitaire) devrait donc élire domicile au Stade de Gerland s’il rejoint durablement le top 14. Dans l’optique rugby à XV, une réduction de la capacité d’accueil à 20 000 ou 30 000 spectateurs, serait à l’étude.

A noter pour finir, le classement du site Gerland en périmètre SEVESO, à savoir une proximité avec des sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs.

Sources : archives-lyon.fr, olweb.fr, lyon-France.com, lyoncapitale.fr

Crédits Photos : info-stades.fr, olweb.fr, archives-lyon.fr

 

 

Le Stade de San Mamès, Bilbao

C’est l’enceinte du club de football de l’Athletic de Bilbao depuis 1913. Situé en centre ville, sa capacité de 39 750 places, sa compacité et son histoire lui valent son surnom de « catedral ».

Véritable catalyseur de l’identité basque, ce stade est le symbole du club et de la ville, une vitrine à l’échelle du pays au travers des retransmissions télévisées.

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La « Catedral del fútbol » de San Mamès – vue intérieure

Face à un taux d’occupation très élevé et une enceinte peu adaptée aux exigences d’un club moderne, la décision est prise par le Club d’entreprendre la construction d’un nouveau Stade de 55 000 places avec les prestations VIP nécessaire au rayonnement et au développement de l’Athletic. La particularité du projet se situe dans le choix du site et le mode de financement retenu pour l’opération. La préemption de site alentour a permis d’envisager le nouveau stade à proximité directe de l’ancien site, ce qui a permis au club et la région partenaires financier sur cette opération de faciliter l’acceptation du projet par les aficionados tellement attachés culturellement à leur stade historique.

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Recontruction du Stade de San Mamès à proximité directe de l’enceinte obsolète

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Le Nouveau Stade San Mamès – vue intérieure

Le planning des travaux permet également d’assurer une transition douce entre l’ancien et le nouveau stade, en prévoyant notamment une destruction partielle du stade simultanément à la mise en service du nouveau stade fini aux ¾.

La volonté de rester sur un site de centre ville est également une démarche à contre courant des réflexions menées par ailleurs sur la position des grands équipements sportifs dans la cité et d’une manière plus générale sur la place du sport, souvent rejeté en périphérie.

Vue extérieure du Nouveau Stade San Mamès au coeur de Bibao

Vue extérieure du Nouveau Stade San Mamès au coeur de Bibao

Crédits Photos : info-stades.fr

 

  • Highbury / Arsenal Stadium, façade principale
  • Stade Marcel Saupin, Nantes
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3 Commentaires

  1. Alex
    4 avril 2013

    …Oui la reconversion d’Highbury est à mon avis une fausse bonne idée mais l’idée « d’intégration au nouvel [(et ancien ou existant !)] environnement urbain et ses contraintes » en est une bonne.
    Le problème souvent en tourisme, environnement et aménagement c’est qu’on aimerait trouver un modèle, ou se persuader qu’un modèle puisse se dupliquer partout. On sait que ce n’est pas aussi simple car à chaque espace et chaque territoire ses propres spécificités.
    La problématique des logements se pose dans la ville de Bordeaux et prioritairement les logements sociaux accessibles ainsi que les logements étudiants. Est-ce pour autant le bon endroit pour les faire sur ce site ? De prime abord, si l’on reste sur l’idée de logements, la proximité du site universitaire de Carreire devrait faire pencher pour le oui.
    Mais on ne peut réduire les problématiques qu’à cette unique question. Quid du sport, d’espaces de loisirs, de détente, culturels dans ce quartier qui est essentiellement résidentiel sans posséder les services adéquats ? A l’heure où l’on veut limiter les déplacements en voiture, cela pourrait être intéressant…

    Répondre
  2. Augustin
    4 avril 2013

    Je ne connais que très peu Chaban-Delmas, mais lorsque l’on voit le fantastique travail effectué à Highbury ou au Stade Marcel Saupin, on ne peux que souhaiter le même résultat : entre conservation et mise en avant du patrimoine et intégration au nouvel environnement urbain et ses contraintes !

    Répondre
    • Vince
      4 avril 2013

      Merci Augustin,

      Pour le Stade Marcel Saupin, que nous avons eu l’occasion de voir ensemble en 2012, je suis entièrement d’accord avec toi, C’est réussi !
      Pour ce qui est d’Highbury, c’est un peu plus délicat : à mon avis, c’est dommage de fermer l’ancienne pelouse au public sous prétexte de créer un jardin uniquement réservé aux propriétaires et locataires des logements construits. Peut-être que des espaces publics ou équipements sportifs et de loisir auraient pu être implantés…même en conservant les logements à la limite… ???
      Stéphane et Alexis ont eu l’occasion de visiter Highbury Square il y a quelques semaines et nous dévoileront prochainement leur analyse et leurs photos…

      Répondre

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